Justice, fête, mémoire : chez les Wê, le masque — glaè — est une institution vivante, et ses sculptures comptent parmi les plus célèbres de l’art africain.
Dans la société Wê, le masque — glaè — est une composante du système lignager de régulation de l’ordre social, comme l’a montré la chercheuse Angèle Gnonsoa dans son étude de référence « Le masque au cœur de la société wè ». Le masque juge, apaise les conflits, sanctionne, protège ; il intervient aux funérailles, lors des rites et des cérémonies de réjouissance. Certains lignages recourent à une institution aux fonctions comparables, le kwi — les deux ne coexistent jamais dans un même lignage.
Le masque Wê a une voix. L’ethnomusicologue Aurélie Mongis, dans Le chant du masque, a documenté l’environnement sonore du gla : chœurs d’hommes et de femmes, tambours à membrane, tambours de bois et la « voix » du masque lui-même. Les femmes ont leurs masques et leurs chants sacrés, comme le Nyénongbahé gla, exécuté en langue guéré sur une échelle pentatonique, en appel et réponse entre la soliste et le chœur. Les grandes sorties ont lieu surtout en saison sèche, de novembre à février.
Le gela — l’être complet formé du masque facial, du costume et du porteur — mêle traits humains et animaux : cornes, défenses, formes puissantes. Le gela peut tour à tour effrayer, divertir, réconcilier ; on dit qu’il emporte les rancœurs de la communauté pour les déposer dans la forêt. Les masques guéré, avec leurs coiffures complexes et leur expression saisissante, figurent dans les collections des grands musées d’Afrique, d’Europe et d’Amérique.